Yuliya Andreyeva arrête

Yuliya Andreyeva arrête

Ce Samedi 8 avril les Déferlantes du Nantes Rezé Basket affronteront Charleville-Mézières dans le cadre des PlayOffs de Ligue Féminine. Bien plus loin que le simple enjeu de cette partie se jouera un tout autre événement marquant. L’au revoir à celle qui aura porté le maillot du club ligérien pendant 12 saisons : Yuliya Andreyeva.

Yuliya Andreyeva arrête. À l’écriture de ces quelques lettres, l’envie d’effacer et revenir sur les mots est forte. Yuliya Andreyeva arrête. Qui l’eut cru possible tant la joueuse incarne son club, tant l’ailière semblait éternelle au sein du vestiaire nanto-rezéen. Alors bien sûr, d’aucuns penseront que c’est le sort de beaucoup de clubs de voir leurs joueuses prendre leur retraite. Certes. Mais Yuliya avait ce petit quelque chose en plus. Ce petit rien qui fait ce petit tout.

12 ans. 12 saisons que l’ukrainienne devenue française fait siffler les filets et maltraite le cuir au plus grand plaisir des fans des Déferlantes. Des centaines de matchs officiels à défendre corps et âme les couleurs d’un club qui l’a adoptée comme un membre de sa famille dès ses premiers pas sous ses couleurs. Car Yuliya et le Nantes Rezé Basket, c’est plus qu’une simple aventure sportive, c’est une filiation. Sous le maillot bleu et blanc, l’ailière aura tout connu. De la NF2 à la coupe d’Europe, d’un titre de vice-championne de France de Ligue 2 à une finale de Coupe de France, des tirs au buzzer, des défaites cruelles, des succès, des désillusions, des rires, des larmes… Yuliya Andreyeva est la mémoire de ce club. Elle en est le cœur et le poumon. L’égérie officieuse.

De grandes joueuses seront passées au Nantes Rezé Basket mais aucune, non aucune, n’aura fait lever les foules comme Yuliya Andreyeva. Combien de tirs à trois points venus d’ailleurs, d’actions décisives quand tout semblait perdu. Yul’ ne tremble pas. Si elle avoue manquer de confiance par moments, quand le ballon se pose dans ses mains et qu’avec grâce elle dégaine, plus rien ne compte. Ni la distance, ni l’enjeu. Ni l’adversaire ni le score. Yuliya Andreyeva est une tueuse au sang-froid. De celles que les défenses redoutent. De celles que les coéquipières recherchent quand le sort du match se joue à une action.

Yuliya Andreyeva arrête. Les fans ne verront plus son numéro 11 fouler le parquet de Mangin. Oh pour le moment son absence ne se fera pas trop ressentir. Et puis quand les Déferlantes buteront sur un adversaire, on se dira « Ah si elle était là ». Ses coéquipières et ses entraîneurs, eux, savent. Elle n’est pas la plus vocale, ni la plus charismatique, mais Yul’ avait sa place dans un groupe. Son caractère qui fait qu’elle ne se laisse jamais faire, même quand elle a tort. Un caractère formé dès son plus jeune âge. Tout le monde connait Andreyeva mais peu connaissent Yuliya. Celle qui dû affronter la violence et la pauvreté en Ukraine. Celle qui quitta son pays et les siens à 16 ans pour espérer un avenir meilleur. Celle qui pendant toute sa carrière fit vivre sa famille restée au pays grâce à son salaire gagné en France. Celle qui dû vivre la perte de ses parents à des milliers de kilomètres de distance. Celle qui prend toujours le temps de saluer les bénévoles, de prendre un verre avec les supporters après les matchs et de se rendre aux rencontres du club amateur.

Yuliya Andreyeva arrête et déjà la nostalgie nous guette. Hasard du calendrier, c’est contre Charleville-Mézières qu’elle tire sa révérence. Club à qui, un soir de folie, elle passa 10 tirs à trois points. Le sport professionnel n’a que trop peu de mémoire. Les joueuses vont et viennent au gré des contrats. Les saisons s’enchainent. A Nantes et Rezé, nous aurons eu cette chance. Celle d’avoir eu l’honneur de voir une joueuse d’une humilité et d’un talent incroyable rester fidèle pendant 12 saisons à un club qui jamais ne saura trouver les mots pour la remercier.

Yuliya Andreyeva arrête… Longue et heureuse deuxième vie à elle.

Texte : Julien Chesneau

Photo :Xavier Lecointe

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yul 2 Yuliya Andreyeva

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